ORIENTATION DU PROGRAMME DE RECHERCHE

L’objectif principal de ce programme est de mieux comprendre l’interaction entre les pratiques de surveillance et les discours liés à la notion de risque et leur effet structurant sur les rapports entre individus et institutions. Il se divise en trois grands axes de recherche :

1. La pratique de la surveillance. Cet axe de recherche s’attache à explorer les nouvelles formes de surveillance (par exemple, cybersurveillance, biométrie), en plein développement, ainsi que d’autres qui sont plus classiques et établies de longue date (comme la vidéosurveillance). Il faudra en comprendre les modalités, les objectifs, les usages prescrits et les usages réels, les effets sur l’ensemble des acteurs. Jusqu’ici, la surveillance a été comprise comme une série de pratiques sociales de délation, de technologies de repérage des traces et de processus d’enregistrement et de traitement de l’information colligée, présente dans le secteur public, industriel, dans plusieurs contextes hybrides et chez les citoyens ordinaires.

2. La construction sociale du risque. Cet axe vise à mieux comprendre les facteurs sociaux, politiques, démographiques, historiques ayant un effet sur la perception sociale et l’évaluation du risque. S’ajoute à ces facteurs l’influence imprévisible de l’actualité. Ces effets se déploient différemment dans des groupes sociaux différents : i. ceux qui sont responsables de gérer les risques au niveau organisationnel, gouvernemental et industriel ; ii. les politiciens et les gouvernements; iii. le public en général. Nous tiendrons compte de ces différences et les utiliserons dans une approche comparative.

3. Structure des rapports sociaux : cet axe vise à faire un inventaire des enjeux où se manifeste explicitement l’effet social de l’interaction surveillance—risque. La notion de vie privée, qui est dans un processus de transformation et la sécurité nationale, redéfinie depuis 2001 sont de bons exemples, qui nous informent sur les effets individuels, institutionnels et étatiques du complexe surveillance—risque.

4. Les réseaux sociaux : acteurs-organisations-technologies. Il ne fait aucun doute que la surveillance, bien qu'elle soit une pratique aussi ancienne que les relations sociales, est fortement influencée par les technologies, sous deux angles. Premièrement, les technologies de surveillance applicables aux contextes sociaux communs sont en expansion et, surtout, sont de plus en plus accessibles à la fois financièrement et au plan de la compétence requise pour les faire fonctionner. Aujourd'hui, l'installation d'un système de surveillance par caméras sans fil, incluant des microcaméras dissimulées dans des objets divers, est à la portée d'un enfant le moindrement débrouillard. Des magasins tout à fait ordinaires vendent à bas prix l'ensemble des éléments nécessaires. Deuxièmement, comme la conduite de plus en plus de nos activités quotidiennes est, à divers degrés, dépendante des technologies de l'information et de la communication, de multiples banques de données sur tous ces aspects de nos vies sont automatiquement constituées. Leur disponibilité (à quel point elles sont disponibles, à qui, dans quelles conditions) est hautement variable, tout comme la capacité de les utiliser réellement , mais le potentiel existe.

Ainsi, toute relation de contrôle social (surveillance+réaction) s'inscrit dans un monde « technologisé » où les relations sociales sont tributaires d'une structure technologique hautement complexe et dynamique, en changement continuel (parler d'« évolution » serait déjà porter un jugement sur sa désirabilité ou sa légitimité). Ceci n'est pas un déterminisme technologique : les pratiques individuelles et sociales montrent de multiples adaptations au monde technologique, mais il ne faut jamais oublier que les individus et les groupes transforment les technologies et les utilisent de manière souvent imprévisible. Il faut plutôt penser l'ensemble comme un vaste réseau d'interactions, une toile où sont liés individus, groupes sociaux, entités corporatives, gouvernements, et objets technologiques.

 

Au Royaume-Uni, il y a une caméra de vidéosurveillance par 14 habitants. Au Canada, il y en a moins d’une par 10 000. Le risque n’est donc pas un objet tangible mais le produit d’une estimation variable selon les sociétés, où il mobilise des mesures de contrôle d’ampleur diverse. La plus importante de ces mesures est la surveillance, sous toutes ses formes. Paradoxalement, plus on surveille et plus on arrive à identifier des risques qu’on n’avait pas encore imaginés.

Le programme de la chaire innove en s’attaquant à cette structuration en combinant l’étude des pratiques de la surveillance à celle des représentations du risque, ce qui comblera des lacunes de part et d’autre : placer la surveillance dans son contexte sociopolitique et connecter le discours du risque aux pratiques qui à la fois en découlent et le soutiennent.

La Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque est dotée d’un budget de 500'000$ (renouvelable) fourni par le programme des Chaires de recherche du Canada, auquel s’ajoute un financement infrastructure de 325'000$ fourni par la Fondation canadienne pour l’innovation et un fonds de fonctionnement de 100'000$ venant du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada. Située à l’Université Laval, la chaire a été fondée en 2009.